Réformes :
les débats théologiques

Le désir de réformer l’Église est très répandu en Europe, mais il n’y a pas accord sur les changements à promouvoir.

En quel sens « réformer » ?

  • Calvin et Luther
    Calvin et Luther © Collection privée

À l’aube du seizième siècle, le désir de réformer l’Église (qui se manifeste antérieurement à plusieurs reprises) est très répandu en Europe. Par contre il n’y a pas accord sur les principes et les orientations d’une réforme. On peut discerner trois tendances.

  1. Le réformisme estime bons les principes de l’Église catholique, mais défectueuse leur application pratique. Il entend donc corriger déviations et abus, mais sans rompre avec l’Église. Ce réformisme aboutira, en partie, avec le redressement opéré par le Concile de Trente (« Contre-réforme », ainsi appelée parce qu’elle réagit contre les Réformes protestantes, mais qui est aussi une véritable « réforme catholique »).
  2. La réforme dite « magistérielle » (parce qu’elle s’appuie sur les gouvernements, princes ou conseils de cité, appelés à l’époque « magistrats », et aussi à cause du rôle important qu’y jouent des professeurs de théologie) comporte deux branches principales, la luthérienne et la réformée. Elle estime qu’il faut rectifier non seulement les pratiques, mais aussi les principes de l’Église, en supprimant ou corrigeant ce qui y est contraire aux enseignements du Nouveau Testament, et en gardant le reste. Elle ne veut pas créer une Église nouvelle, mais amender profondément l’Église existante. Parce que Rome s’y refuse, elle se résigne à une rupture qui n’est pas souhaitée au départ.
  3. La réforme dite « radicale » (ainsi appelée parce qu’elle estime que les luthériens et les réformés ne vont pas assez loin, que la réforme s’arrête à mi-chemin) se caractérise par : l’anabaptisme (refus du baptême des enfants), l’illuminisme (affirmation que le Saint Esprit parle directement au cœur et à l’esprit des vrais croyants, et l’antitrinitarisme (refus du dogme de la Trinité considéré comme non biblique).

Cette réforme ne veut rien garder de l’Église existante. Elle entend suivre uniquement le modèle apostolique, et recréer l’Église du Nouveau Testament en faisant table rase de l’héritage des siècles.

Les luthériens et réformés pensent que tout ce que n’interdit pas expressément la Bible est permis. Pour les radicaux, tout ce qu’elle n’ordonne pas expressément est interdit.

Dieu seul est Dieu

  • Coupe de communion démontable du XVIIIe siècle
    Coupe de communion démontable du XVIIIe siècle © S.H.P.F.

Les réformes protestantes reprochent au catholicisme de ne pas assez distinguer le Créateur des créatures, de donner à certaines d’entre elles une valeur « sacrée ». L’affirmation, commune à tous les chrétiens, que « Dieu seul est Dieu » signifie pour les protestants qu’il a le monopole du sacré, qu’en dehors de lui, rien ni personne ne mérite d’être vénéré et adoré. Ce rejet de la sacralisation prend plusieurs formes.

  1. Les réformés et les radicaux, plus fortement que les luthériens, refusent de voir dans le pain et le vin de la Cène (ou eucharistie) le corpus Dei (le corps même de Dieu) : ce sont des signes, et non des éléments devenus divins par une miraculeuse transmutation.
  2. Les protestantismes n’admettent pas de « saints » (même bibliques), que les chrétiens ordinaires devraient vénérer et invoquer dans leurs offices ou prières. La devise Soli Deo gloria (rendre gloire à Dieu seul) signifie qu’il faut rendre un culte seulement à Dieu et n’avoir de dévotion que pour lui.
  3. Les protestantismes récusent la notion d’un clergé que sa consécration mettrait à part, placerait au-dessus des autres fidèles, et qui serait un intermédiaire obligé pour entrer en relation avec Dieu. Tous les chrétiens ont également accès à Dieu (principe du sacerdoce universel). Certains radicaux refusent tout ministère institué (personne n’est prêtre ou pasteur). Chez les luthériens et les réformés, il y a des « ministres » (des serviteurs) qui remplissent certaines fonctions (prédication, enseignement), sans que cela leur confère un statut religieux spécial.
  4. Les protestantismes se méfient également de la sacralisation de l’institution ecclésiastique. Si elle est nécessaire (la vie chrétienne a une forme communautaire), elle n’est pas infaillible ni parfaite. Sans cesse, il faut la corriger et la purifier. Elle est semper reformanda (toujours à réformer).

Le salut gratuit

Toutes les Églises affirment que personne ne peut se sauver par ses efforts et ses mérites, mais que Dieu donne le salut gratuitement (par grâce sans que nous puissions le gagner). Toutefois à ce « gratuitement » commun, elles donnent un sens et une portée qui diffèrent.

  1. Pour la majorité des catholiques, Dieu nous demande de faire un effort. Il accorde son salut aux « hommes de bonne volonté ». Ils n’arrivent pas à mériter leur salut, mais doivent montrer qu’ils le souhaitent. Dieu leur apporte ce qui leur manque. Le salut se situe essentiellement dans le futur ; il vient couronner une vie où le don de Dieu prend en compte les dispositions des humains.
  2. Dans le luthéranisme, on considère en général que les pensées, les aspirations, les actions humaines sont mauvaises ; même si moralement elles sont bonnes, spirituellement elles ne valent rien. Dieu donne son salut sans rien exiger : le croyant est à chaque moment un pécheur pardonné, toujours pécheur et indigne, toujours au bénéfice de l’amour inconditionné que Dieu a manifesté en Christ.
  3. Le salut se vit surtout au présent. Tous les jours, le fidèle le reçoit de Dieu à nouveau, comme si c’était la première fois. Pour la plupart des réformés, le salut appartient d’abord au passé. Dieu l’a décidé dès avant la création du monde et il l’a accompli en Christ. Le croyant le reçoit sans l’avoir mérité si peu que ce soit. Dieu le lui a donné antérieurement à son existence, et ne le lui retirera pas. La grande affaire de sa vie n’est pas de parvenir au salut, mais de témoigner de Dieu et de lui rendre gloire dans ce monde.

Certains radicaux pensent que le croyant peut et doit entièrement éliminer le péché de sa vie, devenant ainsi parfait. Pour les réformés, si le chrétien arrive à rendre sa vie de plus en plus sainte (ce qu’on appelle la sanctification), il reste toujours un pécheur.

L'autorité de la Bible

  • Bible de Luther, Wittenberg, 1561
    Bible de Luther, Wittenberg, 1561 © Fonds Société Biblique / Marc Gantier

Les progrès techniques du livre permettent de répandre largement la Bible, ce qui auparavant était impossible, et ce qui crée une situation nouvelle et fait naître un rapport au texte différent. On se met à l’étudier avec les méthodes utilisées par les « humanistes » (les érudits littéraires) de la Renaissance.

Toutes les Églises reconnaissent la valeur suprême de la Bible, mais elles diffèrent dans leur manière de la comprendre et de la pratiquer.

  1. Pour le catholicisme du XVIe siècle, il appartient aux autorités ecclésiastiques d’indiquer la compréhension ou l’interprétation exacte de la Bible. On ne peut donc pas opposer la Bible aux doctrines et pratiques de l’Église, ni lui donner un sens qui s’écarte de son enseignement.
  2. Pour les luthériens et les réformés, il n’appartient pas à l’Église de déterminer le sens de la Bible, mais à la Bible de juger de la fidélité de l’Église. Une étude rigoureuse du texte, menée avec les méthodes de « l’humanisme », permet d’en dégager l’enseignement exact. Ceux qui prêchent et enseignent doivent avoir une solide formation universitaire  : leur savoir et leur compétence sont des garanties nécessaires, même si elles ne suffisent pas (il faut aussi que l’Esprit éclaire la lecture de la Bible).
  3. Les « radicaux  » reprochent aux luthériens et réformés de donner trop d’importance aux « savants » (aux « spécialistes »), et de remplacer, comme l’écrit l’un d’eux, la « tyrannie des papistes par celle des linguistes ». Ils préconisent une lecture spontanée, populaire, naïve et inspirée (seul le Saint Esprit dévoile au cœur et à l’esprit du croyant le sens de la Bible).

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