Marc Bœgner (1881-1970)

Pasteur au charisme exceptionnel, Marc Bœgner est une des grandes figures du protestantisme français contemporain. Fédérateur de ses diverses sensibilités, il y assume très tôt des charges importantes. Pendant la guerre de 1940-1945, au nom de la Fédération Protestante de France, il a lutté contre les mesures discriminatoires frappant en particulier les Juifs. Et il a porté sa vie durant une « exigence œcuménique » qui fait de lui un véritable pionnier du rapprochement entre les Églises chrétiennes.

Les études et la première paroisse

  • Le pasteur Marc Boegner
    Le pasteur Marc Boegner © Réforme
  • Marc Bœgner (1881-1970)
    Marc Bœgner (1881-1970) © Huguette Niel

Marc Boegner est né à Épinal en 1881. Son père Paul Boegner et sa mère Jenny Fallot étaient d’origine alsacienne mais de tradition réformée.

En raison des affectations successives de son père qui était préfet, il fait ses études secondaires à Orléans puis à Paris.

Il est très marqué par l’influence de son oncle, le pasteur Tommy Fallot (1844-1904), et empêché par sa mauvaise vue de préparer l’École Navale, il se décide après ce qu’il appellera lui-même sa « conversion », à faire sa théologie. Il fait ses études à la faculté de théologie protestante de Paris. Elles sont interrompues par son service militaire en 1901-1902. Après la soutenance de sa thèse sur les catéchismes de Calvin en juillet 1905 et sa consécration, il est nommé pasteur à Aouste-sur-Sye (Drôme) où Tommy Fallot avait été pasteur pendant 9 ans avant sa mort.

Dans cette modeste paroisse de campagne, Marc Boegner inaugure un ministère fondé sur l’humilité, l’écoute et le rassemblement dans une même foi, des hommes et des idées.

La Maison des Missions et la paroisse de Passy

  • Pasteur Marc Boegner prêchant dans le temple de Passy-Annonciation, Paris
    Pasteur Marc Boegner prêchant dans le temple de Passy-Annonciation, Paris © Collection privée

En 1911, il est nommé professeur à la Maison des Missions à Paris. C’est là qu’il réalise la nécessité indispensable du lien entre mission et unité de l’Église. En 1912, il rencontre John Mott (1855-1965) laïc américain, baptiste, fondateur de la Fédération Universelle des Associations Chrétiennes d’Étudiants, futur prix Nobel de la Paix (1946), qui sera l’initiateur du mouvement œcuménique. Mobilisé à Paris comme infirmier-chef dès août 1914, Boegner ne cesse pas pendant les quatre années de guerre de présider des cultes, de soutenir ceux qui lui demandent de l’aide, profondément déchiré entre « l’ardent espoir de la victoire et l’obligation de refuser la haine. »

En octobre 1918, il est nommé pasteur de la paroisse parisienne de Passy-Annonciation , poste qu’il conservera jusqu’en 1953.

De cette paroisse divisée entre des sensibilités différentes, théologiques et politiques – division fréquente à cette époque à l’intérieur du protestantisme – il va faire un lieu de rayonnement de la mission de l’Église. Il sera considérablement aidé dans cette tâche par l’arrivée auprès de lui en 1934, du pasteur Pierre Maury, homme chaleureux, remarquable théologien qui sera pour lui « l’ami, le frère, le confident de toutes ses préoccupations paroissiales ».

Le Fédérateur du Protestantisme

En 1928, Marc Boegner inaugure les conférences de carême radio-diffusées qui le feront connaître bien au-delà du modeste auditoire de sa paroisse.Mais son grand souci à ce moment là est de voir se réaliser l’unité du Protestantisme, et il met toute son énergie à établir un cadre dans lequel les Églises réformées,luthériennes, évangéliques, pourraient partager une même foi, tout en ayant des positions théologiques et ecclésiales différentes.

En 1929, l’Assemblée de la Fédération Protestante de France à Marseille entérine le regroupement à Paris de plusieurs Unions d’Églises et Associations protestantes et leur installation au 47 de la rue de Clichy signifie une forme d’institutionnalisation.

Marc Boegner est élu Président de la Fédération Protestante de France (FPF), charge qu’il occupera jusqu’en 1961.

Mais à l’intérieur de la Fédération, l’unité des Églises Réformées reste à faire. Les oppositions entre orthodoxes attachés à des traditions anciennes et libéraux plus sensibles à l’évolution des mentalités, sont en passe de se résoudre.

A l’Assemblée de Lyon en mai 1938, l’unité se réalise sur la base d’une déclaration de foi commune et Marc Boegner est élu Président du Conseil National de l‘Église Réformée de France (ERF).

Il cumule alors deux des plus hautes charges au sein du Protestantisme français.

La guerre de 1940-1945

  • Le Pasteur Boegner au procès du Maréchal Pétain
    Le Pasteur Boegner au procès du Maréchal Pétain © Collection Privée

En juin 1940, après l’armistice, la Fédération Protestante souhaite que son président se fixe en zone libre et Marc Boegner s’installe à Nîmes où la tradition protestante reste forte.

En janvier 1941, il est appelé à siéger au Conseil National créé par le Maréchal Pétain, en tant que représentant des Églises protestantes où, suivant ses propres termes, il peut pratiquer « la politique de la présence ».

Il multiplie les déplacements et les interventions auprès du gouvernement de Vichy en faveur des personnes déplacées ou regroupées dans les camps d’internement de Drancy ou Gurs (Pyrénées-Atlantiques) et ensuite en faveur des juifs.

Ces protestations faites au nom de l’Église Réformée et de la Fédération Protestantes ont souvent précédées de rencontres avec le Cardinal Gerlier, Archevêque de Lyon, et d’échanges avec le Grand Rabbin Schwartz. Elles prennent aussi la forme de lettres adressées directement par le pasteur Marc Boegner au Maréchal Pétain, qui sont souvent lues en chaire au cours des cultes dominicaux.

Dans les mois qui précédent la Libération, il intervient encore de très nombreuses fois pour obtenir la libération de pasteurs (Trocmé, Theiss, de Pury, Roulet arrêtés pour faits de résistance ou d’aides aux juifs pourchassés.

Après la guerre le pasteur Boegner, avec l’accord de la Fédération Protestante de France, accepte d’être cité par la défense et de témoigner au procès du Maréchal Pétain.

L'artisan de l'œcuménisme

  • Les présidents du COE et le Général Eisenhower, Evanston, 1954
    Les présidents du COE et le Général Eisenhower, Evanston, 1954 © Collection privée

Dès les débuts de son ministère, Marc Boegner avait souffert du scandale de la concurrence missionnaire et ressenti la nécessité du rapprochement entre les chrétiens. Sa participation aux Associations chrétiennes d’étudiants, fer de lance du mouvement œcuménique, l’avait définitivement décidé à s’engager.

Dans les années 1930, à Fanö (Danemark, 1934) et Édimbourg (Écosse, 1937), ou Utrecht (Pays-Bas, 1938) les deux directions internationales du mouvement œcuménique : « Vie et Action » fortement marquée par le Christianisme Social et « Foi et Constitution » plus soucieuse d’expression théologique, tentent de se rapprocher en un « Conseil Œcuménique en préparation »,animé par les protestants et les orthodoxes.

Marc Boegner représentant la Fédération Protestante de France y prend de plus en plus de responsabilité.

La deuxième guerre mondiale retarde la formation du Conseil Œcuménique des Églises (COE) qui se constituera à l’Assemblée d’Amsterdam (Pays-Bas) en 1948. Marc Boegner, représentant le protestantisme français, est nommé avec quatre autres personnalités étrangères, co-président du Conseil des Sages.

Les assemblées d’Evanston (États-Unis, 1954) et de New Delhi (Inde, 1961) auxquelles il participe font encore progresser le mouvement œcuménique vers plus de relations entre les Églises membres, et plus d’échanges pour l’approfondissement de la recherche théologique.

Pourtant, malgré des prises de position personnelles de religieux catholiques en faveur d’un dialogue avec les protestants, l’Église catholique n’esquisse aucun signe de rapprochement. Pour elle, c’est aux Églises séparées de faire « le grand retour ».

Observateur au Concile Vatican II

  • Rome, basilique Saint-Pierre, Concile de Vatican II
    Rome, basilique Saint-Pierre, Concile de Vatican II © Fédération Protestante de France

Mais le Concile Vatican II convoqué par le Pape Jean XXIII en 1962 va faire « bouger les choses ». Un secrétariat pour l’Unité des chrétiens dont le Cardinal Béa est le président, est créé par Paul VI en 1963.

Marc Boegner participe comme observateur aux troisième et quatrième sessions du Concile.

Le travail considérable des théologiens de toutes les confessions va peu à peu faire partager par tous les chrétiens cette exigence œcuménique pour laquelle il a tant œuvré.

L'Académicien

  • Réception du pasteur Marc Boegner à l'Académie française en 1963
    Réception du pasteur Marc Boegner à l’Académie française en 1963 © Collection privée

Marc Boegner, membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques depuis 1946, est élu à l’Académie Française en 1962.

Il sera nommé « Juste parmi les nations » en 1988.

Bibliographie

  • Livres
    • BOEGNER Marc, L’Exigence œcuménique, Souvenirs et perspectives, Albin Michel, Paris, 1968, Volume 1
    • BOEGNER Philippe, Les carnets du pasteur Boegner, Fayard, Paris, 1992
    • CABANEL Patrick et ENCREVE André , Dictionnaire biographique des protestants français, de 1787 à nos jours, Editions de Paris - Max Chaleil, Paris, 2015, Tome 1 : A-C
    • MEHL Roger, Marc Boegner, une humble grandeur, Plon, Paris, 1987

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