L’émigration

L’émigration atteint son point culminant au lendemain de la Révocation de l’Édit de Nantes(1685). Commencée dès les premières années du règne personnel de Louis XIV (1661), et causée par les mesures restrictives à l’Édit de Nantes, elle se poursuit jusqu’à la fin du règne de Louis XIV.

L'exode

  • Émigration des protestants français vers les pays de Refuge (fin XVIIe siècle)
    Émigration des protestants français vers les pays de Refuge (fin XVIIe siècle) © Musée Virtuel du Protestantisme

Depuis que l’Édit de Nantes a été appliqué « à la rigueur » sur ordre du roi Louis XIV et que les obstacles, tracasseries et interdits s’amoncellent de jour en jour devant les réformés, beaucoup d’entre eux ont décidé de quitter le pays bien qu’un édit royal (en 1669, et renouvelé en 1682) le leur défende.

En prohibant tout exercice de la religion protestante, l’Édit de Fontainebleau ou Révocation de l’Édit de Nantes(1685), provoque un exode considérable de protestants, en dépit de l’interdiction qui leur est faite de « s’établir en pays étranger » et qui est étendue aux « nouveaux convertis » par une déclaration de 1686.

Les départs sont nombreux malgré les peines encourues

  • Le Refuge
    Le Refuge © Musée international de la Réforme, Genève
  • Édit de Fontainebleau : révocation de l'édit de Nantes
    Édit de Fontainebleau : révocation de l’édit de Nantes © Archives Nationales

Dans l’Édit de Fontainebleau, les ministres (pasteurs) ont un régime particulier. S’ils n’abjurent pas, ils ont quinze jours pour quitter le pays.

Sur les 700 pasteurs en 1685, 560 partent pour l’exil, et 140 abjurent.

Pour tous les autres sujets, l’interdiction d’émigration est absolue, elle est assortie des mesures suivantes :

  • galère pour les hommes,
  • prison pour les femmes,
  • confiscation des biens pour tous.

Le gros de l’exode se situe entre 1686 et 1689. Il y a un net ralentissement au cours de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et l’exode reprend de plus belle après la signature de la paix de Ryswick (1697).

Malgré une surveillance accrue des frontières, l’exode est considérable. On compte jusqu’à 200.000 émigrés entre 1685 et 1715.

Pour tenter d’enrayer le mouvement, en 1687, la peine de mort est prévue pour les passeurs.

Les pays d'accueil ou pays du Refuge

  • Accueil des réfugiés huguenots en 1686 en Brandebourg
    Accueil des réfugiés huguenots en 1686 en Brandebourg © SHPF

L’émigration se fait en fonction des facilités géographiques. Les huguenots du nord et de l’ouest se dirigent principalement vers l’Angleterre ou les Provinces- Unies. Pour ceux du Dauphiné, du Languedoc, des Cévennes, l’exode se fait généralement par Genève. Au cours de l’année 1687, il passe à Genève jusqu’à 350 personnes par jour. Nombreux sont ceux qui poursuivent leur route vers les cantons suisses, les Provinces-Unies ou les états protestants d’ Allemagne et notamment le Brandebourg (Prusse) où les conditions d’accueil sont très favorables.

Les moyens de l'émigration

  • Réfugiés protestants © Collection privée

Le départ nécessite de longs préparatifs. Pour faciliter le passage il y avait des passeurs, ou à défaut des « routes de sortie ». Les émigrants trouvaient tout au long de leur route des hôtes qui pouvaient les héberger clandestinement dans les maisons d’autres coreligionnaires, dans les auberges spécialisées ou dans les ambassades de Prusse ou de Hollande.

Ils pouvaient également trouver dans ces ambassades une aide pour les transferts de fonds.

Répercussion de l'émigration sur le plan économique et culturel

  • La guerre de Trente Ans
    La guerre de Trente Ans © Coll. Comte d'Haussonville

Ceux qui partent appartiennent souvent au secteur de la production artisanale et industrielle, tout particulièrement aux métiers du textile, également aux carrières libérales, à l’armée ou encore à l’enseignement. Il ne faut pas oublier non plus tous ceux qui sont exclus des charges publiques.

Le niveau élevé de la civilisation matérielle de la France a permis de favoriser l’industrie des pays d’accueil, notamment l’Allemagne ruinée après la guerre de Trente Ans. L’essor de l’économie française s’en trouva freiné et dans certains secteurs, comme l’ébénisterie. il fallut même faire appel à des artisans allemands, tels Oeben ou Riesener.

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