L’Église protestante unie de France – Communion luthérienne et réformée

Après des tentatives infructueuses de rapprochement entre luthériens et réformés au moment de la Réforme, des Églises unies sont créées en Allemagne à partir de 1717. La Concorde de Leuenberg (1973) ouvre à d’autres Églises la possibilité de s’unir en Europe.

Après la création de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), L’Église protestante unie de France (EPUdF), fondée en 2012, est le fruit de l’union de l’Église réformée de France (ERF) et de l’Église évangélique luthérienne de France (EELF). Elle couvre la France hors Alsace et Moselle.

Les premiers rapprochements entre luthériens et réformés en Europe

  • Melanchthon (1497-1560)
    Melanchthon (1497-1560) © Musée de la Réformation Genève
  • Logo de l'Église protestante unie de France
    Logo de l'Église protestante unie de France © EPUF

Les réformes luthérienne de Martin Luther et réformée de Zwingli et Calvin comportent des différences. Elles ont chacune leur confession de foi (confession d’Augsbourg et confession de la Rochelle). Les divergences portent sur  la christologie, la prédestination et surtout la doctrine de la cène. De même les organisation ecclésiales sont différentes : les luthériens ont gardé une organisation proche de celle des catholiques avec des inspecteurs ecclésiastiques dont la fonction est proche de celle des évêques. La première tentative de rapprochement entre luthériens et réformés est due à Philippe Melanchthon (1497-1560), disciple et successeur de Martin Luther, mais elle échoue .

En 1817, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III, calviniste et veuf d’une épouse luthérienne,  fait établir une liturgie commune pour les Églises luthériennes et réformées de son royaume. De plus il annonce l’union de la paroisse réformée de la cour et de la garnison de Postdam et de la paroisse luthérienne de la garnison. Cet exemple d’union est suivi par d’autres paroisses en Allemagne.

Après la guerre franco-prussienne de 1870, plusieurs professeurs de la faculté de théologie de Strasbourg relevant de l’université d’État, refusent d’enseigner sous la tutelle allemande. Ils fondent en 1877 la faculté de théologie protestante de Paris pour la formation conjointe des pasteurs luthériens et réformés.

Après la première guerre mondiale, d’autres Églises unies – aux niveaux des Länder et des paroisses – sont créées en Allemagne.

Les unions des luthériens et des réformés en France jusqu’en 1973

  • Logo de l'Église Évangélique Luthérienne de France
    Logo de l'Église Évangélique Luthérienne de France © EELF
  • Logo de l'Eglise Réformée de France
    Logo de l'Eglise Réformée de France © ERF

En 1960, lors de l’assemblée de la Fédération protestante de France à Montbéliard le pasteur Casalis lance le projet d’une Église évangélique unie.

Une instance de dialogue – les Quatre bureaux – est créée entre l’Église évangélique luthérienne de France (EELF), l’Église réformée de France (ERF) et les deux Églises concordataires d’Alsace et de Moselle : l’Église de la confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (ECAAL) et l’Église réformée d’Alsace et de Lorraine (ERAL) : cette instance produit en 1968 les thèses de Lyon sur le statut des Écritures, le baptême et la cène et une esquisse d’union des Églises évangéliques. Mais le processus n’aboutit pas.

Il en reste cependant une avancée : en 1969, les Quatre bureaux deviennent le Conseil permanent luthéro-réformé (CPLR), organisme de rencontre des Églises luthériennes et réformées.

De la Concorde de Leuenberg à la création de l’Église protestante unie de France

  • Logo de l'UEPAL (Union des Eglises Protestantes d'Alsace et Lorraine
    Logo de l'UEPAL (Union des Eglises Protestantes d'Alsace et Lorraine © UEPAL

En 1973, par la Concorde de Leuenberg (en Suisse près de Bâle), les Églises luthériennes et réformées d’Europe reconnaissent qu’elles sont d’accord sur l’essentiel de leur foi et affirment leur pleine communion ecclésiale : un pasteur luthérien peut servir dans une Église réformée et réciproquement et les fidèles peuvent communier dans une église aussi bien luthérienne que réformée.

En 1973, le CPLR organise une collaboration, entre les Églises françaises signataires de la Concorde de Leuenberg, sur la formation des pasteurs, la catéchèse et l’œcuménisme.

La création d’Églises unies en Europe, rendue possible par la Concorde, se réalise en Belgique (1978) et aux Pays-Bas (2004).

En 2001, le synode national de l’ERF puis, en 2003, le synode général de l’EELF demandent plus de visibilité sur la communion entre les deux Églises.

En 2006, les deux Églises d’Alsace et de Moselle, l’ECAAL et l’ERAL, se rapprochent pour créer l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL) dans laquelle elles mettent en commun des fonctions centrales telles que la gestion du corps pastoral unifié, la représentation extérieure et des commissions. Les deux Églises fondatrices subsistent, tout en ajoutant chacune protestante à leur nom, pour devenir l’EPCAAL et l’EPRAL.

En 2007, le CPLR prend le nom de Communion protestante luthéro-réformée.

La même année, les synodes national de l’ERF et général de l’EELF se réunissent à Sochaux : ils votent chacun le lancement du processus d’union. Un échéancier est fixé.

Il s’ensuit un long travail de rédaction des statuts. Ceux-ci sont approuvés en 2012 par les synodes conjoints de Belfort.

De leur côté, les Églises locales adaptent les leurs, pour entériner leur appartenance à la nouvelle Église : l’Église protestante unie de France-Communion luthérienne et réformée (EPUdF); elles font précéder leur nom d’Église protestante unie.

Le premier synode national de la nouvelle Église se tient en 2013, à Lyon où le premier synode de l’ERF s’était réuni, en 1938.

Organisation de l’Église protestante unie de France-Communion luthérienne et réformée

  • Emmanuelle Seyboldt - 1ère femme élue présidente du Conseil national de l’Église protestante unie de France
    Emmanuelle Seyboldt - 1ère femme élue présidente du Conseil national de l’Église protestante unie de France © Réforme

L’EPUdF est gouvernée selon le régime presbytérien-synodal. Elle est structurée en assemblées et conseils élus aux niveaux national, régionaux et locaux.

Lors des synodes, les délégués des Églises locales – ministres et laïcs –  décident des orientations à donner à l’Église.

Le niveau national comprend :

– le synode national, annuel,

– le conseil national, composé de 20 membres élus pour 4 ans, chargé du gouvernement de l’Église dans l’intervalle entre les synodes nationaux,

– la commission des ministères, chargée de l’admission des ministres et aumôniers, qui forment un seul corps,

– l’équipe nationale d’animation, chargée de de la coordination de l’évangélisation et de la formation, des réseaux de jeunesse, de la communication et des relations internationales.

Aux niveaux régionaux, le découpage des anciennes régions de l’EELF et de l’ERF subsiste, à l’exception de la Région luthérienne de Montbéliard et de la Région Est de l’ERF qui fusionnent après la création de l’EPUF.

Au niveau local, les paroisses (Églises locales) restent soit luthériennes, soit réformées.

Présente en France, hors l’Alsace et la Moselle, l’EPUdF compte 500 pasteurs et comporte 480 paroisses avec 1100 lieux de culte et 400 000 fidèles.

Bibliographie

  • Sites
    • Site de l’Église protestante unie de France | Lien
    • Eglise évangélique en Allemagne, Concorde de Leuenberg (16 mars 1973) | Lien
  • Livres
    • ZWILLING Anne-Laure, Les minorités religieuses en France, Bayard, 2019

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