Jansénisme et protestantisme

En reprenant l’enseignement de Saint Augustin sur ces deux thèmes importants de la Réforme protestante que sont la prédestination et la grâce, le jansénisme a tenté d’engager une réforme interne à l’Église catholique. Mais pour éviter une rupture qu’il ne souhaitait pas, il fut contraint de se soumettre.

Convergences et divergences doctrinales

  • Port Royal des Champs
    Port Royal des Champs © S.H.P.F.

C’est en raison de la place qu’ils occupent dans les écrits réformés qu’il faut sans doute comprendre l’intérêt porté par les jansénistes à ces points de théologie que sont la prédestination, la grâce (efficace, prévenante ou suffisante), le serf-arbitre.

Les jansénistes en ont proposé une interprétation qui a la réputation d’être particulièrement sévère. Elle l’est en effet, si l’on considère l’inquiétude se rapportant au salut personnel, une inquiétude très présente au XVIIe siècle. Les écrits jansénistes soulignent que rien ne peut être assuré à cet égard, étant donné que la nature de l’homme est foncièrement pécheresse et mauvaise.

Cette interprétation avait pour principal propos de refuser l’idée d’une religion qui assujettit la créature aux prescriptions d’une institution qui se dit mandatée par Dieu pour être son seul intermédiaire dans le monde.

En refusant tout assujettissement naïf aux pouvoirs temporels, en mettant l’accent sur ce qui pourrait plutôt se rapporter au salut du monde, les jansénistes étaient sans doute assez proches des protestants ; ils étaient manifestement attentifs en tout cas à ce qui avait suscité la volonté de réforme protestante. Comme les protestants, ils en ont tiré des conséquences qui touchaient aux conduites de vie, ainsi qu’à l’exigence d’une réflexion argumentée pour traiter des problèmes rencontrés dans le monde.

Dans ce cadre, les jansénistes se sont plus particulièrement intéressés aux usages et mésusages de la raison dans la société civile. Par la rigueur du raisonnement, ils ont dénoncé les abus de pouvoir, tant de la Monarchie que de l’Église. On leur doit notamment, dans la Grammaire et dans la Logique de Port-Royal, l’introduction d’une capacité à raisonner hors du registre de la seule causalité, lequel cesse d’être fiable dès que se présente, dans une même situation, une diversité de points de vue, raisonnablement hétérogènes entre eux.

Les approches jansénistes et protestantes des problèmes de leur temps ont été certainement assez complémentaires. Mais les efforts de compréhension réciproque n’eurent pas vraiment lieu, ainsi que plusieurs controverses l’ont montré, dans le contexte tendu de la Contre-réforme. Pierre Bayle s’en est fait l’écho dans son Dictionnaire.

Le jansénisme n’a jamais souhaité faire sienne la rupture de la Réforme protestante. Il espérait en effet être capable de rétablir l’Église catholique dans sa « juste autorité » en y introduisant une réforme qui la rendrait capable de respecter les divers usages de la raison dans un monde qui devenait moderne et se percevait comme autonome.

Bibliographie

  • Livres
    • COTTRET Bernard, Jansénisme et puritanisme, Nolin, 2002
    • TAVENEAUX René, Jansénisme et politique, Armand Colin, Paris, 1965

Notices associées

Au hasard des notices