Frédéric Bazille (1841-1870)

Issu d’une famille protestante de banquiers montpelliérains, Frédéric Bazille prend part à la naissance de l’impressionnisme, avec ses amis Claude Monet (né en 1840) et Auguste Renoir (né en 1841), mais sa carrière est brisée par sa mort prématurée lors de la guerre franco-prussienne.

Jeune peintre de l’impressionnisme

  • Frédéric Bazille (1841-1870), peintre impressionniste
    Frédéric Bazille (1841-1870), peintre impressionniste © Collection privée

Frédéric Bazille naît au sein d’une famille amie et protectrice des arts : elle a compté de nombreux maîtres orfèvres sous l’Ancien Régime et, en 1779, deux de ses membres figurent parmi les fondateurs de la création de la Société des Beaux-Arts de Montpellier. Le jeune Frédéric découvre l’art chez son voisin Alfred Bruyas, grand collectionneur.

À l’automne 1862, Bazille parvient à arracher à ses parents l’autorisation d’aller à Paris pour poursuivre son apprentissage artistique à la condition expresse qu’il passe son doctorat de médecine. Il s’inscrit dans l’atelier du peintre suisse Gleyre, recommandé par des parents artistes, et y rencontre de jeunes peintres (Renoir, Sisley, Monet) qui deviennent rapidement ses meilleurs amis et ses compagnons de lutte pour faire triompher la « Nouvelle peinture ». « Bazille était le mieux doué, le plus aimable dans tous les sens du mot », dit son ami Edmond Maître.

Claude Monet initie Bazille à la peinture sur le motif, d’abord en forêt de Fontainebleau, sur les traces des peintres de Barbizon, puis en Normandie, sa terre de prédilection. Plus qu’à la lumière des ciels mouillés d’Île-de-France et de Normandie, Bazille est sensible à la forte luminosité de son Languedoc natal, qui tranche les plans et colore les ombres. Aussi est-ce là qu’il situe la plupart de ses œuvres de plein air, qui restent traditionnelles par la forme, mais inondées des belles lumières méridionales.

Jouissant grâce à sa famille d’une confortable aisance matérielle, Bazille est pour ses camarades d’une inépuisable générosité et sait les aider avec fidélité et discrétion. Il présente pour la première fois deux toiles au Salon de 1866 : une Jeune fille au piano (refusée) et une nature morte de Poissons (acceptée). Au Salon de 1868 sont présentées ses deux toiles : la Réunion de famille et les Pots de fleurs, qui retiennent l’attention de Zola.

Une brève carrière interrompue par la guerre

  • F. Bazille, les lauriers roses
    F. Bazille, les lauriers roses © Collection privée

Mais lorsque la guerre contre la Prusse éclate, Bazille s’engage le 16 août 1870, contre la volonté de ses proches, dans un régiment de zouaves. Le 27 novembre, il est promu sergent-major, et lors du toast porté pour fêter le galon, il déclare : « Pour moi, je suis sûr de n’être pas tué, j’ai trop de choses à faire dans la vie ». Le lendemain, il est mortellement touché lors de l’assaut de Beaune-la-Rolande.

Pourquoi s’est-il engagé ? Les hypothèses sont nombreuses : élan patriotique ou geste suicidaire ? Volonté de prouver à ses proches – et à lui-même – sa valeur ? divertissement ?  Ses lettres à sa famille témoignent de son désir de servir la Patrie en danger, comme le font plusieurs de ses amis montpelliérains et de ses cousins. Peut-être Bazille a-t-il également le désir de découvrir l’Afrique du nord, où il aurait la possibilité de retrouver son oncle, le commandant Lejosne, en poste à Constantine.

Bazille n’est d’ailleurs pas le seul peintre parmi les 139 000 morts de la guerre de 1870-71. Victor Giraud (1840-1871), fils du peintre Pierre François Eugène Giraud, médaillé par les Salons de 1867 et 1868, est emporté par une pneumonie contractée lors de la guerre. Henri Regnault (1843-1871), prix de Rome en 1866, est tué lors de la bataille de Buzenval. Un monument commémoratif lui est élevé, ainsi qu’aux six autres élèves de l’école des Beaux-arts de Paris morts au combat. Ce monument servit de modèle à la tombe réalisée en 1893 pour Bazille au cimetière protestant de Montpellier, par Auguste Baussan.

Une œuvre tardivement redécouverte

Bazille a peint moins de huit années, à peine plus d’une soixantaine d’œuvres. Il n’en vend aucune de son vivant, et n’en expose que cinq aux Salons du Palais de l’industrie à Paris, en 1866, 1868, 1869 et 1870.

Son œuvre est progressivement redécouverte grâce aux dons faits par sa famille. En 1898, Madame Bazille, la mère du peintre, offre deux œuvres au Musée Fabre de Montpellier pour assurer une reconnaissance posthume à son fils (la Vue de village et la Nature morte au héron). La Vue de village est présentée deux ans plus tard, dans le cadre de l’Exposition universelle de Paris 1900, au Grand Palais, en compagnie de La Toilette, prêtée par la famille Bazille. En 1909, Marc Bazille, son frère, vend à l’État français La réunion de famille (aujourd’hui exposée au Musée d’Orsay). La première exposition rétrospective consacrée à l’œuvre de Frédéric Bazille a lieu en 1910 au Grand Palais, à Paris, avec 23 tableaux. Le critique d’art Gaston Poulain se passionne pour l’œuvre de Bazille, et contribue à la faire découvrir plus largement.

C’est ainsi que Bazille entre progressivement dans l’histoire de l’art, dans l’histoire de la genèse de l’impressionnisme : la grande exposition qui lui est consacré en 2016 s’intitule significativement Frédéric Bazille, la jeunesse de l’impressionnisme.

Une peinture protestante ?

Bazille ne s’est pas intéressé à l’histoire huguenote : lorsqu’il peint Aigues-Mortes en 1867, il s’intéresse aux remparts de la ville médiévale et aux couleurs des étangs, nullement à l’histoire de la Tour de Constance. Quand il peint en 1870 Ruth et Booz, il est probablement davantage inspiré par le poème de Victor Hugo (« Booz endormi », publié dans La légende des siècles en 1859) que par la Bible. Peu de ses toiles ont un sujet religieux : Le Mariage mystique de Sainte Catherine, copie réalisée par Bazille en 1859 du tableau de Véronèse, reprend une thématique catholique ; et c’est précisément pour cette raison que son père, Gaston Bazille, l’offre en 1871 à l’église de Beaune-la-Rolande, en remerciement pour l’aide apportée par l’abbé Cornet, vicaire de la paroisse, dans la recherche du corps de Frédéric.

Certains analystes ont vu en Bazille la face huguenote et méridionale de l’impressionnisme, dont la vision n’obéit pas à la sensation immédiate, mais la juge, la raisonne et transmet aux personnages l’inoubliable sentiment du temps retrouvé…

Paradoxalement, c’est dans les sujets d’inspiration quotidienne que Bazille retrouve le protestantisme. Il peint la vie quotidienne de la bourgeoisie protestante dont il est issu : la ferme de Saint-Sauveur, où son père développe l’élevage, ou les vignes qu’il cultive ; la chasse ; les scènes d’été, de jeux de plein air, de piques niques et de baignades au cours desquels les familles protestantes se retrouvent le dimanche ; les portraits ; et enfin la superbe Réunion de famille (1867-1868), une de ses œuvres les plus connues, peinte sur la terrasse du domaine de Méric à Montpellier, la propriété de sa famille, symbole d’une grande bourgeoisie dont l’influence locale est sans équivalent et sans commune mesure avec le nombre de ses membres.

Bibliographie

  • Livres
    • CABANEL Patrick et ENCREVE André , Dictionnaire biographique des protestants français, de 1787 à nos jours, Editions de Paris - Max Chaleil, Paris, 2015, Tome 1 : A-C

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