École Normale protestante
de jeunes filles
de Boissy Saint Léger (1858-1949)

Dès leur installation au château du Piple à Boissy-Saint-Léger (77), les époux Hottinguer participent au projet de la SEIPP, « Société pour l’encouragement de l’instruction primaire parmi les protestants de France », association  créée en 1828 par François de Jaucourt en faveur du développement des écoles et de la formation des instituteurs protestants. Il existe alors à Courbevoie une école normale protestante d’instituteurs dirigée par le pasteur Gauthey, mais il n’y a aucune structure pour former les institutrices. A l’époque, faute d’écoles de filles en nombre suffisant, les jeunes protestantes sont accueillies dans les écoles catholiques ou publiques.

Jean-Henri  Hottinguer, vice-président de la SEIPP, propose de lui céder des terrains et une demeure dont il finance l’entretien et la transformation en École normale d’institutrices. Cette institution est dotée d’un pensionnat de jeunes filles.

La donation, annoncée le 5 janvier 1854, est actée devant notaire le 9 mars 1857 et l’Etat autorise le président de la SEIPP à l’accepter en juillet 1857.

Extrait du Journal des débats politiques et littéraires du 1er mai 1854

« Une École Normale primaire pour former des institutrices, a été fondée cette année par la charité généreuse et éclairée d’un de nos frères. Nous en sentions tous depuis longtemps le besoin et le désir ; M. Henri Hottinguer y a pourvu d’un seul coup. Il a offert et donné à la SEIPP, d’abord une excellente maison avec un grand jardin, situé à Boissy-Saint-Léger près de Paris, et très propre à recevoir une École Normale, puis il a doté cette maison d’une rente annuelle et perpétuelle de 5200 fr. Ce qui assure à jamais son avenir. (…) Les protestants de France devront ainsi à M. Hottinguer une pépinière incessamment renouvelée d’institutrices capables d’élever chrétiennement leurs filles, comme l’École Normale de Courbevoie leur fournit, pour leurs fils, des instituteurs chrétiens ».

La SEIPP crée en 1858 un poste d’Agent général et le confie à un pasteur itinérant chargé de mobiliser toutes les paroisses de France pour soutenir cette association essentielle pour l’enseignement des jeunes protestants filles et garçons. Ses tournées sont destinées à valoriser l’excellence de la formation des institutrices sortant de l’École de Boissy et des écoles normales de garçons. A Boissy, le pasteur Eugène Casalis, de la paroisse de Passy, assure l’instruction religieuse, l’aumônerie et les cultes. Le pasteur Labeille, agent général de la SEIPP, gère l’inscription des élèves.

1858 - 1870 : les débuts

L’École Normale de Boissy  accueille ses neuf premières élèves en janvier 1858, en provenance de l’établissement de la rue Neuve-Ste-Geneviève à Paris. L’aumônerie de l’École Normale fonctionne pour les élèves et les professeurs dont la plupart passent le dimanche à Boissy. La première directrice, secondée par une adjointe, assure tous les cours, excepté les leçons de musique. Le pasteur Elie Castel, chargé du cours hebdomadaire d’instruction religieuse, préside le culte dominical dans les locaux de l’École normale. La famille Hottinguer et Mme François Delessert, mère de Caroline Delessert y assistent souvent.

A cette époque, la paroisse de Boissy-Saint-Léger réunit dans un même culte les jeunes filles de l’École normale, leurs professeures, la famille Hottinguer et les protestants des communes voisines. Le pasteur Elie Castel, aumônier des Diaconesses de Reuilly de 1859 à 1861 est sans doute aussi prédicateur à Boissy, ainsi que les pasteurs Gaubert et Franck Vermeil. En 1870, il y a vingt-cinq élèves institutrices, dont dix présentent les examens et douze élèves au petit pensionnat qui sert d’école d’application.

1870 - 1882 : les difficultés

L’activité de la SEIPP baisse car plusieurs écoles primaires qu’elle soutient sont fermées pour favoriser l‘inscription des jeunes protestants  dans les écoles laïques de leur quartier. La guerre interrompt les cours dès août 1870 et les sept élèves originaires de l’Alsace occupée sont transférés à Nérac (Lot et Garonne). L’école rouvrira en novembre 1872. De 1873 à 1875 le pasteur Eugène Casalis, répond aux sollicitations de Caroline Hottinguer-Delessert qui finance les travaux de réhabilitation de l’école normale détruite par les Prussiens.

1886 - 1908 : vers la laïcité scolaire

Dès 1880, la création de l’École normale supérieure de l’enseignement primaire de Fontenay-aux-Roses pour les jeunes filles par  Ferdinand Buisson et le pasteur Félix Pécaut font concurrence à l’établissement. Rodolphe Hottinguer poursuit cependant l’œuvre de ses parents, Le pasteur Paul Labeille, cumule les fonctions d’agent général (basé au 4 rue de l’Oratoire du Louvre), en charge de l’aumônerie de l’École Normale de jeunes filles et de la paroisse à Boissy de 1886 à 1912. Ses rapports annuels précisent que l’École normale est gouvernée par une directrice. En 1887, c’est madame Juhlin, nommée Officier d’académie en 1895. Mademoiselle Élise Burckhardt enseigne les langues étrangères aux futures institutrices.

1912 - 1944 : la fin

De 1912 à 1935, le pasteur Albert Valez, dernier agent général de la SEIPP est en charge de la communauté protestante de Boissy-Saint-Léger ; de 1935 à 1944, le pasteur Paul Schmidt, directeur de l’enseignement libre protestant, lui succède. Ce dernier est à la fois pasteur du Groupement protestant Boissy-Brévannes-Sucy et aumônier de l’École normale de Boissy. En 1944, la diaconesse sœur Marthe Juncker poursuit ce ministère pastoral. En 1949 Boissy est rattaché à l’Église réformée de Villeneuve et perd son autonomie.

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