Dietrich Bonhœffer (1906-1945)

Dietrich Bonhœffer, pasteur et théologien protestant allemand, est l’un des fondateurs de l’Église confessante, qui s’opposa à l’influence nazie qui se développait fortement dans les églises protestantes allemandes. Il meurt comme martyr de la foi et résistant politique au régime hitlérien en 1945.

Repères biographiques

Dietrich Bonhœffer est né à Beslau (aujourd’hui Wrocklav en Pologne), septième enfant d’une famille de la grande bourgeoisie prussienne. Il est l’un des grands théologiens protestants du XXe siècle, et sans doute le plus attachant : il fut exécuté quelques jours avant la fin de la guerre par les nazis, après plus de deux années d’internement dans les prisons de Berlin, pendu au camp de concentration de Flossenburg. C’est donc autant le témoignage d’une vie chrétienne exemplaire et courageuse que la profondeur de sa pensée théologique que l’on garde en mémoire. Chez Bonhœffer, militance chrétienne, action politique et réflexion théologique sont inextricablement liées. On ne peut parler de sa pensée théologique sans faire en même temps référence à ce qu’il a vécu d’abord au sein de l’Université et de l’Église luthérienne, puis hors d’elles et enfin contre elles.

La vie et la pensée du théologien berlinois peuvent se découper en trois phases assez distinctes.

La période universitaire de 1927 à 1933

Bonhoeffer est un théologien de l’Église, ouvert au monde. Il réfléchit sur la réalité de l’Église dans une perspective très luthérienne, en mettant au centre de sa pensée la faiblesse du Christ sur la croix. Très jeune, il écrit de brillantes thèses universitaires sur l’Église comme corps mystique du Christ, qui le font remarquer dans le milieu universitaire où il commence à enseigner. Parallèlement à son enseignement, il s’engage dans le mouvement œcuménique et international protestant, et noue de précieux contacts avec les Églises étrangères. Il fut étudiant aux USA et pasteur stagiaire à Barcelone. Ce fils issu d’une famille très favorisée et cultivée, s’engagea aussi auprès d’enfants d’un quartier défavorisé de Berlin.

La période confessante de 1933 à 1942

Après un séjour à Londres comme pasteur de la communauté allemande, Bonhoeffer revient en Allemagne. Il se révèle être un théologien engagé, luttant pour que l’Église protestante résiste à la nazification. Il dénonce publiquement le caractère idolâtre du régime nazi le jour même de la prise de pouvoir de Hitler en janvier 1933. Il est l’un des fondateurs et animateurs de l’Église confessante, qui s’oppose aux courants majoritaires favorables, soit à une alliance avec le nazisme, soit à la neutralité à son égard. Il fut l’un des seuls théologiens de son époque à s’opposer à la marginalisation, puis à la persécution des juifs. De 1935 à 1937, il dirige le séminaire clandestin de Finkenwalde en Poméranie, qui a pour but de former des futurs pasteurs de l’Église confessante. C’est là qu’il écrit deux livres fondamentaux, Le prix de la Grâce (Nachfolge), sur la Grâce qui coûte et la nécessité de suivre le Christ y compris dans la souffrance, et De la vie communautaire, qui retrace l’expérience presque monastique de la vie au séminaire confessant. De plus en plus menacé par le régime, il se décide à gagner les USA en 1939 pour un poste d’enseignant que des amis lui offrent. Mais il ne peut supporter cet éloignement et rentre dans son pays à la veille de la guerre. Il continue une intense activité souvent souterraine au sein de l’Église confessante tout en commençant à prendre des contacts avec des réseaux de résistance, grâce à la complicité de membres de sa famille, haut placés dans l’administration allemande.

La période politique de 1943 à 1945

Il vit sa foi de manière solitaire, dans l’abandon de l’Église et des hommes. Bonhoeffer se rend compte qu’il ne suffit plus de s’occuper de l’Église, il faut aussi s’occuper du monde, et tenter d’arrêter la folie destructrice du Führer. Il est arrêté et interné en avril 1943, quelques semaines après s’être fiancé. En prison, il écrit quelques unes de ses plus belles pages, dans ce qui sera sans doute son ouvrage le plus célèbre, Résistance et Soumission. Il prédit l’émergence d’un monde dans lequel « l’hypothèse Dieu » n’existe plus, et jette les bases d’une nouvelle manière de penser Dieu et de parler de lui. Certains en ont fait un apôtre de la sécularisation. C’est oublier que Bonhoeffer, en prison, avait une vie spirituelle très intense, nourrie par la prière et la lecture régulière de la Bible. Il n’a cessé d’espérer en l’avenir d’un monde autre, un monde de paix, réconcilié avec lui-même et avec Dieu.

Influence de Bonhoeffer sur la théologie contemporaine

  • Résistance et Soumission de Dietrich Bonhoeffer
    Résistance et Soumission de Dietrich Bonhoeffer © S.H.P.F.

Elle est immense. Il est connu, étudié, traduit sur les 5 continents. L’Église catholique a reconnu cette grande figure croyante, en qui elle voit un témoin courageux de la foi aux prises avec les idéologies modernes et totalitaires. En France, Bonhoeffer a été découvert à la fin des années 1960, en particulier grâce aux travaux de André Dumas. On a eu tendance à cette époque à en faire une figure parfois plus politique que religieuse. Après une certaine éclipse, la personne et la pensée de Bonhoeffer intéressent à nouveau, dans le cadre de la redécouverte d’une foi confessante en dialogue avec le monde.

Auteur : Jérôme Cottin

Bibliographie

  • Documents
    • COTTIN Jérôme, Dietrich Bonhoeffer, recension bibliographique | Fichier
  • Livres
    • BETHGE Eberhard, Dietrich Bonhoeffer. Vie, pensée, témoignage, Le Centurion, Labor et Fides, Paris-Genève, 1969
    • BETHGE Eberhard et Renate, GREMMELS Christian, Dietrich Bonhoeffer. Sein Leben in Bildern und Texten, Christian Kaiser Verlag, Munich, 1989
    • BONHOEFFER Dietrich, Le prix de la Grâce, Cerf, Labor et Fides, Paris-Genève, 1962
    • BONHOEFFER Dietrich, De la vie communautaire, Labor et Fides, Genève, 1983
    • BONHOEFFER Dietrich, Éthique, Labor et Fides, Genève, 1989
    • BONHOEFFER Dietrich, Textes choisis, Le Centurion, Labor et Fides, Genève et Paris, 1970
    • BONHOEFFER Dietrich, Résistance et soumission, Labor et Fides, Paris, 1973
    • BONHOEFFER Dietrich, Qui est et qui était Jésus-Christ?, Cerf, Paris, 1981
    • BONHOEFFER Dietrich, La parole de la prédication, Labor et Fides, Genève, 1992
    • BONHOEFFER Dietrich, La nature de l’Eglise, Labor et Fides, 1990
    • BONHOEFFER Dietrich et von WEDEMEYER Maria, Lettre de Fiançailles. Cellule 92, Labor et Fides, Genève, 1998
    • CORBIC Arnaud, Dietrich Bonhoeffer ; Le seigneur des non religieux, Éditions Franciscaines, Paris, 2001
    • CORBIC Arnaud, Dietrich Bonhoeffer, résistant et prophète, Albin Michel, 2002
    • CORBIC Arnaud, Camus et Bonhoeffer, Labor et Fides, 2002
    • DUMAS André, Une théologie de la réalité: Dietrich Bonhoeffer, Labor et Fides, Genève, 1968
    • MARLE René, Dietrich Bonhoeffer, témoin de Jésus-Christ parmi ses frères, Casterman, Paris, 1967
    • MENGUS Raymond, Entretiens sur Bonhoeffer, Beauchesne, 2006
    • MENGUS Raymond, Théorie et pratique chez Dietrich Bonhoeffer, Beauchesne, 2006
    • MOTTU Henri, Actualité de Dietrich Bonhoeffer en Europe, Labor et Fides, 2004
    • MOTTU Henry, Dietrich Bonhoeffer, Cerf, Paris, 1992
    • SCHLINGENSIEPEN Ferdinand, Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), biographie, Salvator, 2005
    • SEONNET Michel, Sans autre guide ni lumière, Dietrich Bonhoeffer, Gallimard, 2005

Notices associées

Parcours associés

Au hasard des notices

p
u
b
l
i
c
i
t
e