L’organisation
des Églises réformées

Les Églises réformées fonctionnent comme au XVIe siècle selon le modèle prévu dans la discipline de 1559. Elles sont dirigées par une série d’instances au niveau local, régional ou national où les laïcs sont au moins en nombre égal aux pasteurs.

Les différentes instances (le système presbytéro-synodal)

  • Synode national de Montpellier, 1598, gravure
    Synode national de Montpellier, 1598, gravure © Collection privée

L’Église locale est dirigée par un consistoire (ce qu’on appelle aujourd’hui le conseil presbytéral).

Un certain nombre d’Églises locales (jusqu’à une trentaine) forment un colloque (ce qu’on appelle aujourd’hui un consistoire). Les colloques règlent des questions entre Églises proches.

Au niveau provincial, le synode provincial regroupe plusieurs colloques et se réunit une fois par an (c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le synode régional).

Au niveau national le synode général (on parle aujourd’hui de synode national) ne peut se réunir qu’avec l’autorisation du roi et s’est tenu très irrégulièrement à partir de 1623. Le dernier autorisé l’a été en 1659.

Le consistoire

C’est l’instance qui gouverne l’Église locale, composée de quelques dizaines ou centaines de familles (parfois jusqu’à 2 ou 3 000 familles : en tête, Nîmes, Paris, Montauban, Dieppe, Caen, Montpellier et La Rochelle avant 1628).

Les membres du consistoire se nomment les anciens (appelés aujourd’hui conseillers presbytéraux). Ils sont en moyenne une dizaine, et c’est le pasteur qui préside. Les anciens sont nommés en général pour 2-3 ans, mais sont rééligibles plusieurs fois. Ils sont choisis parmi les hommes de bonnes mœurs et de piété exemplaire, avec l’accord des fidèles. Il y a peu de membres de droit : les seigneurs dans les Églises de fief et les consuls dans les villes protestantes.

Les séances du consistoire ont lieu après le culte, mais la périodicité varie selon les lieux.

Les fonctions du consistoire

  • Méreau (Mazamet-Tarn)
    Méreau (Mazamet-Tarn) © Musée du Désert

Le consistoire a pour mission propre de veiller à l’application de la discipline.

Dans chaque Église, les anciens visitent les fidèles, notent les scandales, distribuent les méreaux pour la cène. Le consistoire essaye d’amener les pécheurs à la repentance privée ou publique. Si un ancien note un « scandale » (non participation au culte, fréquentation des cabarets, des comédies, des danses, assistance à la messe), il en réfère au consistoire, qui convoque le présumé coupable. Celui-ci est alors admonesté et exhorté à la repentance. S’il n’y a pas repentance, il peut être suspendu de cène (excommunié).

Avant chaque cène (une fois par trimestre) le consistoire dresse la liste des gens interdits de cène qui ne recevront pas le méreau autorisant à communier.

Le consistoire règle également les querelles entre individus et essaye de réconcilier les parties. Dans un siècle très procédurier, il parvient souvent à éviter le recours à une juridiction publique.

Les anciens ont aussi dans leurs attributions la visite des malades.Chaque ancien est à son tour de service une semaine pour être lecteur en chaire, assister aux baptêmes, mariages et enterrements. Le consistoire tient les registres de baptêmes, mariages et décès.

Les finances de l’Église relèvent du consistoire : lui échoient ainsi la levée des cotisations et l’entretien des bâtiments (temple et presbytère).

Les finances du consistoire

  • Notification des traitements des professeurs d'Académies, Synode de Privas, 1612
    Notification des traitements des professeurs d'Académies, Synode de Privas, 1612 © Collection privée

Chaque Église a en général trois permanents à rémunérer : le pasteur, le régent (instituteur) et le concierge avertisseur qui sonne la cloche.

La principale charge financière est celle du pasteur qui à cette époque reste généralement en fonction dans la même paroisse toute sa vie. Le traitement varie selon les paroisses et est sujet à un agrément entre le consistoire et le nouveau pasteur. On lui paye aussi son logement et ses frais de voyage aux annexes s’il y en a et aux colloques et synodes. On pourvoit éventuellement à la retraite de l’ancien pasteur s’il n’a plus la force d’exercer le ministère, ou à l’entretien de sa veuve ou des orphelins s’il vient à mourir. On peut aussi avoir à assister un futur pasteur pendant ses études de théologie.

Le traitement de l’instituteur est beaucoup plus faible et celui du concierge plus faible encore. Le consistoire contribue également aux honoraires du député général à la cour. Il contribue au financement (par le synode de la province) des collèges et académies et, après 1660, aide les prisonniers pour fait de religion.

Les recettes proviennent des contributions volontaires des fidèles. C’est l’ancien de quartier qui collecte les cotisations, en général par trimestre.

Jusqu’en 1620, une subvention prévue par l’édit de Nantes est accordée par le roi. Elle n’a jamais été intégralement versée et tarit tout à fait vers 1620. Dans les localités protestantes, une part du budget communal est affectée à l’Église.

Heureusement, il y a de nombreux dons et legs, car il est fréquent dans les testaments de donner une part à l’Église.

Mais beaucoup de consistoires ont des difficultés financières et ont du mal à payer régulièrement leur pasteur.

L'aide aux pauvres

  • Abraham Bosse (1602-1676), Donner à manger à ceux qui ont faim
    Abraham Bosse (1602-1676), Donner à manger à ceux qui ont faim © S.H.P.F.

L’assistance aux pauvres est une activité considérable des consistoires. Les pauvres à aider sont nombreux surtout les années de famine.

Le consistoire aide les malades, les vieillards, les veuves et orphelins etc.

Un ancien tient le registre des pauvres et doit les visiter chaque mois pour savoir s’il faut continuer l’aide.

Dans certains endroits, il y a des médecins protestants et des hôpitaux protestants pour éviter la pression des curés dans les hôpitaux catholiques. Louis XIV les supprime en 1679.

Les consistoires aident les enfants pauvres pour les frais d’école ou d’apprentissage.

Ils aident à l’entretien des prisonniers et au rachat des captifs réduits à l’esclavage.

Les ressources viennent de collectes faites à la porte des temples et surtout des dons et legs.

Les colloques

  • Délimitations des provinces et des colloques réformés en 1660
    Délimitations des provinces et des colloques réformés en 1660 © Musée Virtuel du Protestantisme

Les colloques regroupent un certain nombre d’Églises locales et sont une subdivision de la province. Certaines provinces ne comptent qu’un colloque (la Bretagne et la Provence), d’autres peuvent en compter jusqu’à huit.

La réunion des colloques se fait de une à quatre fois par an et comporte un pasteur et un ancien par Église. Le colloque |glossary_exclude]règle[/glossary_exclude] les différends entre les Églises ou à l’intérieur d’une Église qui n’ont pu être résolus par le consistoire. Le cas échéant, il blâme ou censure.

Les commissaires royaux

À partir de 1623, les colloques, synodes provinciaux et généraux ne peuvent se tenir sans la présence d’un commissaire royal. Celui-ci doit veiller à ce que l’on ne traite rien qui soit préjudiciable au service du roi ou à la paix publique. Les relations avec les réformés étrangers sont très surveillées ou prohibées.

Au début ce commissaire royal est protestant. À partir de 1679, il peut être catholique.

Les synodes provinciaux

Les renseignements proviennent de deux sources : les Actes des synodes et les procès-verbaux des commissaires royaux.

Les synodes provinciaux se réunissent une fois par an, ensuite, jusqu’en 1685, une fois tous les deux ans, ou de façon plus espacée, quand l’intendant l’autorise. Ils rassemblent un pasteur et un ancien par Église.

Comme tous les synodes, le synode provincial s’ouvre par un sermon d’ouverture où le public est admis. Il y a quelquefois sermon tous les jours. Chaque journée commence par la prière et le synode se termine par une prière.

Le synode traite les questions concernant l’ensemble de la province (l’observation de la discipline, l’instruction des enfants, les jours de jeûne…)

Il arbitre les questions non tranchées par les colloques ou les appels des décisions prises. Il nomme les examinateurs des candidats pasteurs (ou proposants) et admet ceux qui ont été jugés dignes. Les finances y occupent une place importante (doléances des pasteurs mal payés, Églises en difficultés etc.)

Il nomme les députés au prochain synode national.

Les synodes nationaux

  • Edition de 1710 des Actes des synodes nationaux des Eglises Réformées de France de 1559 à 1660
    Edition de 1710 des Actes des synodes nationaux des Eglises Réformées de France de 1559 à 1660 © Collection privée

Plus on avance dans le XVIIe siècle, plus la convocation des synodes nationaux se complique. À partir de 1614, ils ne peuvent se réunir sans autorisation préalable, à partir de 1623 sans la présence d’un commissaire royal. Le commissaire est souvent nommé avec retard et les synodes nationaux en sont de plus en plus espacés.

À l’origine ils se réunissent tous les ans ; à partir de 1598 tous les trois ans ; à partir de 1628, il n’y eut plus que quatre synodes nationaux :

  • à Charenton en 1631,
  • à Alençon en 1637,
  • à Charenton en 1644,
  • et à Loudun en 1659.

Chaque province envoie quatre députés, sauf la Bretagne et la Provence qui n’en envoient que deux. Le synode réunit donc en principe 60 députés, 30 pasteurs et 30 anciens.

Après le sermon d’ouverture, le discours du commissaire royal, la lecture de la confession de foi, le député général auprès du roi fait son rapport que le synode doit approuver. Le premier travail du synode est la lecture et la révision de la discipline ecclésiastique. Les 40 articles définis lors du premier synode de Paris en 1559 sont remaniés et augmentés pendant un siècle.

Les synodes sont débordés par les appels des particuliers, des pasteurs ou des Églises et sont obligés de les limiter. Ils rédigent ensuite un cahier de plaintes : ce sont les vexations subies par les réformés malgré les édits royaux. Une délégation va le porter au roi. Les synodes abordent alors les questions générales. Par exemple en 1623, on examine à Charenton les querelles théologiques qui agitent les Pays-Bas et les décisions prises au synode de Dordrecht. En 1631 à Charenton, on décide d’accepter à la Cène les luthériens qui en feraient la demande.

Le synode s’occupe ensuite des problèmes des académies, du budget de celles-ci et du traitement du député général. Les comptes des synodes sont bien simplifiés depuis la suppression vers 1620 de la subvention royale qui n’a d’ailleurs jamais été intégralement payée. Il fallait auparavant en faire une distribution équitable.

Avant de se séparer le synode vérifie la liste des Églises pourvues et à pourvoir, prévoit la ville où se réunira le prochain synode, dresse la liste des pasteurs déposés, fixe éventuellement la date d’un jeûne général, enfin lit et signe les Actes du synode.

Après la dernière prière du modérateur qui préside le synode, les députés emportent une copie des Actes en repartant vers leur province.

Bibliographie

  • Livres
    • FELICE Paul (de), Les protestants d’autrefois, Fischbacher, Paris, 1897-1901, Tome 4

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