Ligier Richier (c. 1500-1567)

Sculpteur

Né en Lorraine au début du XVIe siècle, Ligier Richier fut sollicité par d’importants commanditaires. Converti au protestantisme, il se réfugia à Genève où il mourut.

Un sculpteur lorrain se réfugie à Genève

L’on sait peu de choses sur les débuts de Ligier Richier, né à Saint-Mihiel (Meuse), dans le duché de Lorraine, alors indépendant de la Couronne de France, où il s’est marié. La première mention connue de l’artiste date de 1530 et prouve que le duc de Lorraine tenait à s’attacher ses talents. Il convient de faire un sort aux légendes qui ont longtemps accompagné la biographie arrangée de l’artiste. Ligier Richier n’est pas allé en Italie ; pas plus que Michel-Ange n’est venu en Lorraine où il aurait rencontré notre sculpteur.

L’on ignore les conditions de sa conversion au protestantisme. En 1560, il signe, avec d’autres Samiellois, une pétition adressée au duc afin d’obtenir le libre exercice de la religion réformée. Les ordonnances publiées contre l’hérésie par l’évêque de Verdun , après le Concile de Trente, le conduisent probablement à quitter le duché. Au début de 1564, il réside encore en Lorraine mais en octobre il se trouve à Genève où il a rejoint sa fille Bernardine, épouse de Pierre Godart, qui a quitté la Lorraine « pour cause de religion ». Il y demeure jusqu’en 1567 et il y meurt, en laissant une fortune conséquente.

Œuvres religieuses

  • Ligier Richier, mise au tombeau (XVI<sup>e</sup> siècle)
    Ligier Richier, mise au tombeau (XVIe siècle) © S.H.P.F.

La première œuvre connue de l’artiste, empreinte à la fois de l’influence gothique dans le traitement des scènes, et de celle de la Renaissance dans l’ordonnancement architectural et ornemental est le retable d’Hattonchâtel, daté de 1523, où sont représentés le Portement de croix, la Crucifixion et la Déploration du Christ. La date de cette œuvre permet de situer la naissance de Ligier Richier au début du XVIe siècle.

Au Calvaire de Saint-Étienne à Bar-le-Duc (vers 1532), le traitement tourmenté des larrons contraste avec la calme anatomie du Christ. La même opposition se retrouve au Calvaire de l’église Saint-Gengoult de Briey, élargi aux personnages de la Vierge, Jean et Madeleine (avant 1534).

La Mise au tombeau conservée à l’église Saint-Étienne de Saint-Mihiel (avant 1564) est l’une des compositions les plus célèbres attribuée à Ligier Richier. Elle regroupe treize personnages grandeur nature, aux vêtements recherchés et à l’expressivité aboutie.

Sculpture funéraire

L’église Saint-Étienne de Bar-le-Duc abrite sans doute l’œuvre la plus connue de l’artiste : le Monument du cœur de René de Chalon (après 1544, avant 1557), offrant l’image d’une saisissante figure de hauteur nature, debout, squelette décharné auquel tiennent encore des lambeaux de chair et de peau, tenant à bout de bras son cœur. Comme l’a si bien démontré Michèle Beaulieu, il s’agit là d’un symbole de la Résurrection. L’œuvre provient de la collégiale Saint-Maxe de Bar-le-Duc, abandonnée en 1782.

L’Enfant Jésus et la Tête de saint Jérôme, conservées au musée du Louvre ont la même origine. La petite Tête de Christ conservée à la Société d’Histoire du Protestantisme français (Paris) est présumée avoir la même provenance.

Le gisant de Philippe de Gueldre, seconde épouse de René II de Lorraine, morte en 1547, est conservé aujourd’hui au musée historique lorrain de Nancy. Le réalisme saisissant du visage et des mains ont frappé Delacroix lors de sa visite au musée.

Bibliographie

  • Livres
    • Ligier Richier et la sculpture en Lorraine au XVIe siècle, Musée de Bar-le-Duc, 1985
    • BOURDIEU, Catherine, Ligier Richier, sculpteur lorrain, Citédis, Paris, 1998
    • DENIS, Paul, Ligier Richier l’artiste et son œuvre, Berger-Levrault, Paris-Nancy, 1911
    • ZERNER, Henri, L’art de la Renaissance en France, l’invention du classicisme, Flammarion, Paris, 1996
  • Articles
    • Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français, 1986, BEAULIEU, Michèle, Ligier Richier (vers 1500-1567). Chronologies et attributions

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