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| Le Refuge au XVIIIe siècle |
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La Révocation de l'édit de Nantes marque une césure importante de l'histoire européenne : elle provoque un mouvement d'émigration des huguenots français vers les pays protestants d'Europe, qui aura des répercussions tant dans le domaine économique que dans le domaine culturel.
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L'exode : les départs sont nombreux |
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L'article 10 de l'édit de Fontainebleau (1685) révoquant l'édit de Nantes (1598) interdit aux protestants de quitter la France. En dépit de l'interdiction qui leur est faite, nombreux sont ceux qui tentent de s'enfuir pour échapper à la persécution religieuse. L'émigration atteint alors son point culminant. A peu près deux cent mille protestants quittent la France, soit plus du quart de la population réformée française à cette époque. Cette vague d'émigration pour cause de religion avait été précédée au XVIe siècle par une première vague de départ à destination des pays protestants d'Europe (Genève en particulier), lors des guerres de religion et surtout après le massacre de la Saint-Barthélemy (1572). Il s'agissait d'une émigration plus sélective socialement et moins nombreuse que celle qui a commencé à la fin du XVIIe siècle pour se poursuivre au cours des premières décennies du XVIIIe siècle. La dernière persécution, en 1752, sous le règne de Louis XV, suscite encore des départs.
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Les pays du Refuge |
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Les pays d'immigration ou pays du « Refuge » sont fonction de la province de départ : les protestants du Nord et de l'Ouest partent plus volontiers en direction de l'Angleterre ou des Provinces-Unies, tandis que ceux du Dauphiné, de Provence ou du Languedoc s'acheminent vers les cantons suisses et Genève. Le nombre de ceux qui sortent de France par la Suisse ou Genève est considérable : environ 140.000 entre 1680 et 1770. Il en est qui s'installent, surtout dans les cantons francophones, mais la plupart d'entre eux sont orientés vers les États allemands ou les Provinces-Unies où les conditions de l'accueil sont les plus favorables. Certains d'entre eux poursuivront leur route jusque vers les pays Scandinaves. Des pays d'Europe, leur diaspora va s'étendre jusqu'aux Amériques et en Afrique du Sud.
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Répercussions dans les domaines économique et culturel |
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Ce mouvement démographique ne sera pas sans conséquences dans les pays d'accueil, et aura des répercussions tant dans le domaine économique que dans le domaine culturel. Le niveau élevé de la civilisation matérielle de la France a permis une relance de l'industrie dans les pays d'accueil, en particulier en Allemagne qui avait été ruinée par la guerre de Trente Ans (1618-1648). Les artisans exilés se trouvent en position favorable. Ils ont contribué au développement des manufactures et à la vulgarisation de certaines techniques, notamment dans le secteur du textile.
Dans le domaine culturel, les huguenots français ont joué un rôle de médiation entre la terre d'accueil et leur patrie. L'élite intellectuelle qui a opté pour l'exil s'efforce de maintenir le contact avec la culture de la patrie. Favorisés par la diaspora, des canaux d'échanges et d'influence se mettent en place. Les huguenots exilés ont contribué à faire du français la langue la plus parlée en Europe. Les périodiques littéraires et politiques qui se développent sous leur influence ont joué un rôle prépondérant dans la constitution de la « République des Lettres ». On peut en conclure qu'au XVIIIe siècle, le protestantisme français et le Refuge ne peuvent survivre l'un sans l'autre. Le développement de la librairie hollandaise, allemande ou anglaise peut être interprété comme un indice de diffusion de la culture huguenote. Il faut rappeler que cette médiation culturelle et intellectuelle du XVIIIe siècle a été préparée par le flux continu d'émigration huguenote entre les guerres de religion et la Révocation. Les huguenots français ont ainsi contribué à favoriser en Europe une sorte de cosmopolitisme érudit. Ces échanges très fructueux ont toutefois revêtu le plus souvent un caractère illicite. Livres et pasteurs circulent clandestinement en France au XVIIIe siècle. Des filières de contrebande s'instaurent permettant d'acheminer vers les protestants du Midi toutes sortes de livres prohibés :des éditions critiques de l'Ancien et du Nouveau Testament, de même que des catéchismes, des sermons ou tout autre ouvrage d'origine réformée, en particulier des études historiques. Les imprimeurs de livres interdits se trouvent principalement en Hollande, à Lausanne et à Genève.
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L'assimilation |
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Dans leur grande majorité, les réfugiés de la première génération se sentent encore Français et ne mettent pas en question le gouvernement monarchique. Longtemps, ils ont eu l'espoir de pouvoir rentrer dans le royaume, et dans leur ensemble, ils restent fidèles à une monarchie française idéalisée. Progressivement toutefois l'assimilation se fait, bien que les réfugiés vivant dans la diaspora huguenote n'aient jamais totalement rompu les liens avec leurs coreligionnaires restés en France. Ils maintiennent avec eux une correspondance et tentent même, dans la mesure du possible, de réaliser auprès d'eux de courts séjours.
Citons à ce propos La Beaumelle (De l'Esprit, 1801, p. 62-63) :
« Les Français que la Révocation de l'édit de Nantes a semés dans toute l'Europe, et dans des pays mêmes où il n'en devrait pas naître ; ces Français, dis-je, ne ressemblent plus aux vrais Français, dès la seconde génération ; mais ils ne ressemblent pas davantage aux peuples parmi lesquels ils ont pris naissance. On dirait que c'est une nouvelle race qui tient encore du sang du pays dont ils ont été chassés, et qui a respiré l'air du pays qui les a recueillis ».
A l'époque de la Révolution, les réfugiés huguenots se voient concéder, par l'Édit royal du 15 décembre 1790, la possibilité de recouvrer la nationalité française et de rentrer en possession de leurs biens. On ne peut chiffrer le nombre de ceux qui ont profité de cet édit. Il est en tout cas certain qu'il fut très inférieur à celui de l'exode. Le phénomène du Refuge se distinguait par son caractère de masse, tandis que le retour au pays de ses ancêtres se définit comme un phénomène individuel.
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| Bibliographie |
| Livres |
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BIRNSTIEL, Eckart (textes réunis par), La Diaspora des Huguenots. Les Réfugiés protestants de France et leur dispersion dans le monde (XVIe-XVIIIe siècles), Champion, Paris, 2001 |
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BOST Hubert et LAURIOL Claude, Refuge et Désert : l'évolution théologique des huguenots de la Révocation à la Révolution française, Actes du Colloque du Centre d'études du XVIIIe siècle (18-19-20 janvier 2001), Champion, Paris, 2003 |
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Collectif, La vie intellectuelle aux refuges protestants, Actes de la Table ronde de Munster, 1995, Champion, Paris, 1999 |
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FATIO, Olivier (dir.), Genève au temps de la révocation de l'édit de Nantes (1680-1705), Champion, Paris, 1985 |
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MAGDELAINE, Michelle, THADDEN, Rudolf von (dir), Le Refuge huguenot, Recueil de textes, Colin, Paris, 1985 |
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ROSEN-PREST Viviane, L'historiographie des huguenots en Prusse au temps des Lumières, Champion, Paris, 2002 |
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WEISS, Charles, Histoire des réfugiés protestants de France depuis la révocation de l'édit de Nantes, Charpentier, Paris, 1853 |
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YARDENI, Myriam, Le Refuge huguenot. Assimilation et culture, Champion, Paris, 2002 |
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© Musée virtuel du protestantisme français
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